Là où la musique me porte…

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Emporté par les sons d’un adagio, quittant la terre, le sol qui en est la clef, je m’elève entre deux portées chargées de fragments mélodiques.
Je flotte entre ciel et eau au-dessus du fleuve sinueux qui lentement s’écoule vers la mer, le clapotis des notes de piano en prémices de vagues violines.
Le gong m’avertit du danger alors que je m’approche dangereusement de la roche qui s’effrite, la mélodie sans arrêtes ni aspérités me guide entre les deux flancs érodés par les vents et m’entraîne vers l’horizon voluté de nuages pourpres.
Une poussée d’octaviation m’élève encore un peu plus et l’air qui m’ennivre me fait du bien. Un autre gong me rappelle l’équilibre instable de ma nacelle d’osier, hors de portée, alors je me replace entre les deux falaises striées et écarte mes bras afin de les relier d’une accolade, mais peu à peu elles s’écartent, s’éloignent l’une de l’autre et le fleuve se deltarise, promesse à l’océan, vaste et calme.
Alors mes bras ainsi déployés, j’accueille cet air parfumé d’odeurs marines et j’inspire, j’emprisonne, de peur d’en manquer, le laisse s’échapper pour enfin le respirer.
Et, sous les gongs maintenant approbateurs, les vents chargés de nuances de harpe me portent vers l’horizon, là où le bleu marine effleure le bleu du ciel…

Le vieil homme, le puits et la fée

 

Il était une fois un vieil homme qui pleurait devant son puits asséché, de grosses larmes qui ne permettaient pas de faire revenir cette eau dont il avait besoin.
Une fée triste vint se poser sur la pierre, attendrie par tant de peine.
L’homme d’abord surpris lui demanda pourquoi elle-même avait l’air si triste.
Et de conter son malheur, sa baguette magique perdue, redonna au vieil homme l’entrain à la tâche , en bon luthier qu’il était.
N’étant pas érudit des secrets des mages, à la place de baguette c’est une mandoline qu’il lui fabriqua.
Il attendit la fée sans verser de larmes, mais plein d’espoir pour ceux qui auraient la chance d’entendre la muse jouer.
Pour qu’elle puisse la transporter il a pensé à l’habiller d’ailes couleur ciel à l’abris des cordes.
Ainsi la fée , le plus heureux des sourires aux lèvres s’envola avec son instrument magique.
Aujourd’hui encore, quand certains pleurent, une douce musique venant du vent, vient les réconforter…

Céline, notre fille chérie

Tu nous disais tes douleurs
je te disais « donnes-les moi »
tu répondais « je ne peux pas papa »

Ton dernier SMS disait que tu viendrais chercher des cerises lol
je ne savais pas qu’elle existait cette variété.

Tu n’es pas venue, saches que chaque année quand ton cerisier
sera en fleurs, nous nous préparerons à en cueillir pour toi et
pour toutes celles et ceux qui t’ont tant apprécié.

Je garde une des plus belles choses de toi,
ton bonheur et ta joie quand tu partais
animer les colos, et je t’accompagnais
au train, heureux de te voir partir
avec le sourire.

Le train que tu prends là n’a pas de retour
mais là où tu te rends les anges
veilleront sur toi.

Papa et Maman

La place du Tertre Montmartre

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Assis à la terrasse du café « Au Petit Comptoir » je recueille mes premières impressions. C’est après l’orage, le soleil réapparaissant que cet endroit s’apparente si bien à un arc-en-ciel, les couleurs étant maîtresses de ce lieu. Pas un instant, le gris n’a sa place, le tabouret de l’artiste, la palette, la toile naissante, tout est couleur, du bleu pastel au rouge vif, déposée délicatement ou projetée avec force, chacun tentant d’immortaliser l’instant de son empreinte subconsciente, cherchant à raconter son coeur, de le fixer au liant sur un bout de toile blanche, à croire que le blanc n’y a pas sa place non plus…
Ici le bleu est roi, le rouge coquelicot cotoie un vert sinople sous un jaune impérial qu’une ombrelle tente d’aténuer, tenue par une silhouette sans visage et dont les jambes semblent issues du pavé plutôt que de l’imagination nuancée du peintre.
Il règne un silence, prèsque religieux dû peut-être à la proximité du Sacré-Coeur, drôle de nom pour une basilique, silence toutefois interronpu par le bruit des tasses de café ramassées au comptoir. Ou alors ce silence est-il la conséquence de la concentration des artistes penchés sur leur carré de blanc restant, pressés de le faire disparaître, ayants la même phobie que l’écrivain devant sa page blanche, que le compositeur devant ses rangées de lignes vides?
L’odeur des tubes de couleur se mèle aux parfums des passants donnant à la toile à peine finie un réalisme que l’auteur se dépêche de vernir pour en emprisonner le souvenir, c’est qu’ils ont des sacrés coeurs aussi, ces artistes…
Je repose délicatement ma tasse sur sa soucoupe, de peur de rompre l’harmonie de cet air qui trotte dans ma tête, je ferme les yeux , lève la tête vers le soleil, et prend une longue inspiration, pour que comme le vernis sur les toiles, ma mémoire fixe cette fresque musicale encore fraîche…

Cheval mon ami

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Toi qui rêves d’espace
Qui jamais ne te lasses
Dans ton éternel galop
Abuse de tes sabots

Emporte-moi, emporte-moi

Monture des chevaliers
En quête de vérité
Laisse-toi prendre la crinière
Te guider à ma manière

Emporte-moi, emporte-moi

Toi que l’homme a dompté
Pour sa seule liberté
Chevauche à la conquête
De cette terre secrète

Emporte-moi, emporte-moi

Que de ta robe nacrée
Tels ces matins de rosée
Suinte le fruit de ton effort
Courage mon ami, sois fort

Emporte-moi loin de la nuit
Et ensemble enfin fuyons l’ennui



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